Devenir architecte naval : un métier en vogue !

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Alors que les carnets de commandes des chantiers STX de Saint-Nazaire sont remplis pour dix ans (voir notre article), et que la filière nautique s’est rarement aussi bien portée (voir notre article), un métier a particulièrement le vent en poupe : celui d’architecte naval. L’architecte naval, c’est celui – ou celle – qui va concevoir la coque, le pont et la voilure d’un navire, d’un bateau et de toute structure flottante, mais aussi calculer tous les éléments nécessaires à une flottabilité, une résistance et une marche optimales. Un métier passionnant, qui pour chaque mission nécessite un investissement total, depuis le cahier des charges jusqu’à la livraison.

 

L’architecte naval est aujourd’hui très recherché du côté des constructeurs de paquebots : « la France est devenue une référence incontestable aujourd’hui en matière de construction navale, et les commandes affluent du monde entier, pour des budgets décoiffant ! », explique la Fédération des Industries Nautiques. « Les constructeurs recherchent donc des architectes soit pour imaginer des petits paquebots d’expédition, destinés à transporter quelques centaines de passagers, soit pour des monstres marins comme des remorqueurs ou des paquebots de croisière pour plusieurs milliers de tonnes de marchandises ou de passagers ; ou encore pour honorer des commandes de très riches particuliers pour des bateaux de plaisance sur mesure, à voiles ou à moteur ; et aussi pour des bateau de compétition, des vedettes, des chalutiers, des barges de pêche… ».

 

En quoi consiste plus précisément la tâche de l’architecte naval ? Il sera chargé de dessiner les croquis des futurs bateaux, de réaliser l’ensemble des calculs scientifiques nécessaires à son bon fonctionnement, puis en fonction des contraintes, des équilibres, des charges, des demandes précises des clients pour la distribution de la cabine ou l’agencement des équipements, de concevoir la forme et le style du bâtiment, et de choisir les matériaux adéquats. Il sera responsable aussi bien de la carène, c’est-à-dire la partie immergée du bateau, que de la partie extérieure, avec des compétences de design, d’esthétique aussi bien que d’ingénierie. « C’est un métier peu connu du grand public et pourtant de plus en plus prisé sur le marché du travail dans les secteurs liés à la mer : c’est essentiellement dû au fait que jusqu’à présent les postes étaient assez rares et confidentiels, mais avec l’explosion de la demande des clients, les armateurs n’ont d’autre choix que de recruter aujourd’hui pour faire face aux besoins et honorer les carnets de commande dans les temps », analyse la DGE (Direction Générale des Entreprises), rattachée au Ministère de l’Economie et des Finances.

 

Comment devenir architecte naval ? « Il faut avoir des compétences à la fois artistiques, techniques et scientifiques », explique l’iTii (Réseau des Instituts des Techniques d’Ingénieurs de l’Industrie). « Savoir imaginer la physionomie d’un navire tout en répondant aux désirs des clients, avec de multiples contraintes aéronautiques et réglementaires ; allier des capacités de calcul de charge, de consommation, de vitesse, de résistance, de respect des normes environnementales, etc… et des capacités d’écoute et de souplesse vis-à-vis du commanditaire ; être tenace, pugnace, savoir s’engager sur la durée complète d’une mission parfois longue de plusieurs années pour ce qui concerne les plus gros bâtiments, depuis la conception jusqu’à la mise en eau. Il faut à la fois être rigoureux, faire preuve d’une immense conscience professionnelle, être exigeant, perfectionniste, appliqué, tout en ayant des talents artistiques, une vraie faculté d’imagination et de créativité ; en général, les armateurs demandent que les architectes qu’ils recrutent maîtrisent l’anglais couramment, pour pouvoir discuter sans malentendu avec les gros clients fortunés qui viennent généralement des quatre coins de la planète, des Etats-Unis et du Canada en passant par l’Australie, la Chine, la Russie, Israël ou encore les Emirats. Cela implique aussi de nombreux déplacements à l’étranger tout au long de l’année et parfois pour de longues périodes, il faut le savoir avant de se lancer ».

 

En France, s’ils sont de plus en plus nombreux, les postes d’architecte naval restent limités à quelques dizaines, soit directement au sein des grands groupes de construction navale, soit au sein de cabinets d’études ou d’architecture indépendants. Ne peuvent prétendre postuler que les candidats titulaires d’un bac + 5 ou bac + 6, proposés après une prépa scientifique par quelques grandes écoles très sélectives : l’Ecole Centrale, l’Ecole Navale, l’Ecole Nationale des Techniques Avancées, le Génie Maritime… Le ministère de la Culture délivre par ailleurs un diplôme de 3eme cycle, le DPEA architecture navale, pour une spécialisation après un cursus plus traditionnel et une fois le diplôme d’architecte ou d’ingénieur en poche, ou pour les titulaires de maîtrises scientifiques. Il existe enfin un BTS Construction Navale qui permet de travailler dans les bureaux d’études et d’assister les architectes navals. Au-delà de la théorie, les stages pratiques sont très importants et il est important d’en faire un maximum tout au long du cursus, sur les chantiers navals, les courses de régates, les bureaux d’études…

« Un métier exigeant, difficile, complexe, parfois ingrat, mais en même temps passionnant et exaltant« 

« C’est un métier exigeant, difficile, complexe, parfois ingrat, mais en même temps passionnant et exaltant », explique un architecte naval de Lorient, spécialisé dans la construction de voiliers de compétition, des multicoques en structures composites. « Généralement l’architecte naval commence sa carrière en répondant à tous types de commandes, puis il se spécialise petit à petit, soit dans les bateaux de course, soit dans les bâtiments industriels, soit dans le paquebot de croisière, soit encore dans les hydroliennes, les éoliennes marines ou les plateformes offshore. Mais au final, c’est toujours une vraie récompense, quel que soit le secteur choisi, de voir gagner son bateau sur la transat jacques Vabre, la Coupe de l’América ou sur le Vendée Globe, comme de voir embarquer chaque année des millions de passagers sur des navires d’exception conçus pour offrir des voyages extraordinaires et des souvenirs uniques, qui marqueront des vies entières. Même au niveau de la construction industrielle il y a une vraie satisfaction à imaginer des paquebots pour containers qui soient toujours plus propres, plus respectueux de l’environnement, plus rapides, plus efficaces. C’est une contribution à la globalisation de l’économie mondiale et un moteur de croissance, donc c’est satisfaisant d’en être à l’origine ».

 

L’architecte naval réalise la prouesse de savoir répondre scientifiquement à des besoins souvent idéalisés de vitesse, de résistance, de poids, de dimensions… grâce à son savoir technique. « On lui demande du rêve, il répond avec des calculs et détermine ainsi quelles pièces il va falloir fabriquer et assembler pour aboutir à l’objet désiré : matériaux, structures, stabilité, prédiction de performance, fluides…. L’architecte naval cumule plusieurs métiers d’ingénieur en un ! Il doit donc savoir aussi bien les synthétiser que les coordonner, tout au long d’une réflexion stratégique intense, jalonnée de remises en question, de tentatives, d’échecs et de succès. Au début, on ne gagne pas forcément des fortunes, 1700€ net en moyenne en début de carrière, mais on évolue assez vite, au bout de dix ans de travail on peut facilement viser les 3000€ net. C’est surtout un métier passion ».

 

 

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