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L'impact économique de la surpêche



Modifié le 17/12/2012 | Publié le 17/12/2012
RUPERT CRILLY CHERCHEUR ECONOMIE ENVIRONNEMENTALE

INTERVIEW MARITIME : Rupert Crilly

"““““““Reconstituer les stocks de poissons en Europe aurait d’énormes avantages économiques ” ” ” ” ” ”"

Une récente étude de la New Economis Foundation (NEF), qui analyse depuis plusieurs années la surpêche et ses conséquences, démontre qu'une restauration des stocks halieutiques de l'UE offrirait des avantages économiques considérables et permettrait la création d’emplois. A contrario, l’épuisement des stocks serait source de pertes d’emplois tout en grevant les finances publiques. Explications avec Rupert Crilly, principal auteur de l’étude.

Quelle a été la motivation d’une étude sur l’impact économique de la surpêche ?

Nous avions déjà travaillé sur l’impact de la surpêche sur l’emploi en montrant que la surpêche faisait perdre des centaines d’emplois. A sa parution, les médias nous ont beaucoup interrogé sur ce que pourrait coûter une reconstitution des stocks à moyen et long terme. Nous avons décidé d’y répondre concrètement afin que le public, les décideurs politiques et les banques puissent se positionner. La surpêche actuelle génère en effet de gros bénéfices pour les pêcheurs à court terme mais endommage les finances publiques, ce que le public doit savoir. Par ailleurs, il est capital que les banques puissent avoir une idée du retour sur investissement d’un soutien de leur part à reconstitution des stocks.

En quoi les banques sont-elles concernées par la reconstitution des stocks halieutiques ?

Il faut que le soutien à la reconstitution des stocks vienne davantage du privé que du public. Attirer des finances privées permettrait de mettre en place des conditions moins flexibles que les conditions actuelles et un plan de reconstitution des stocks sur environ 9 ans. Or, nous savons désormais qu’un investissement de 10,56 milliards d’euros, nécessaire pour y parvenir, génèrerait un bénéfice de 5,1 milliards d’euros d’ici 2023. Enfin, une fois que les stocks seraient reconstitués, la valeur totale des débarquements serait presque triplée, générant 16,85 milliards d’euros de revenus chaque année. Si on regarde les chiffres, c’est très attirant pour des investisseurs privés.

Comment êtes-vous parvenu à ces résultats ?

Nous avons étudié 54 des principaux stocks de poissons de l’Atlantique Nord. Et nous avons constaté que 49 d’entre eux sont surpêchés. Une conclusion obtenue en travaillant sur l’état des stocks en termes de « rendement maximal durable » (RMD). Si le tonnage des prises ne diminue pas d’année en année, la pêche est durable. Dans le cas inverse, elle ne l’est plus. Pour ces 49 stocks, nous avons donc comparé les coûts et les bénéfices de l’interruption de la pêche jusqu’à ce que les stocks halieutiques se soient reconstitués, en indemnisant le secteur de la pêche. Nous arrivons à la conclusion que l’investissement nécessaire permettrait donc de générer plus de 16 milliards de recettes par an soit 2,7 fois la valeur actuelle des débarquements.

Rapprocher les banques des pêcheurs, la démarche semble innovante...

Elle est très nouvelle dans le secteur de la pêche mais elle est déjà mise en œuvre dans le secteur de la reforestation, par exemple. Pour faire comprendre aux investisseurs l’intérêt d’y participer et faire avancer les négociations, nous avons calculé le retour sur investissement. Conclusion : l’investissement serait récupéré en 4,6 ans et commencerait dès lors à générer des bénéfices. Le retour sur investissement atteindra même 148 % d’ici 2023. Et en l’espace de 40 ans, le rendement sera de 14€ pour 1 € investi ! En revanche, les investisseurs vont demander des conditions plus strictes que les pouvoirs publics. Parmi ces conditions figure l’arrêt des rejets par l’industrie de la pêche. Notre prochaine étape va donc être de parler avec les banques et les pêcheurs pour trouver un consensus.

La reconstitution des stocks aurait-elle un impact sur l’emploi ?

Absolument. Ce serait même le premier impact positif. Toutefois, ces résultats supposent que la totalité de la flotte de pêche actuelle soit correctement indemnisée pendant la période de transition.

En revanche, il faut retenir que si nous cessions la pêche des 49 (sur plus de 150) stocks surpêcheés au 1er janvier 2013, l’approvisionnement en poissons serait supérieur d’ici 4 ans. La plupart des stocks pourraient être reconstitués, y compris la morue islandaise, et tous les merlus, maquereaux et merlans.

Reconstituer les stocks est donc plus rentable pour tous qu’une exploitation massive à court terme ?

C’est indiscutable. Malgré les coûts environnementaux et économiques de la surpêche, la reconstitution des stocks de poissons et la mise à disposition du montant de l’investissement ont été peu débattues publiquement. Dans le cadre de la réforme en cours de la politique commune de la pêche et de son mécanisme financier, alors que peu de promesses sont faites en vue d’une véritable modification du statu quo, la perspective d’une nouvelle décennie de surpêche nous menace. Nous montrons pourtant que la reconstitution des stocks est abordable, rentable et nécessaire.

Propos recueillis par Françoise LATOUR

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