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INTERVIEW ACTEUR DU MARITIME : PASCAL PIRIOU



5 questions à Pascal Piriou, Directeur Général de Piriou

Pascal Piriou, Directeur Général de Piriou

"La construction navale a besoin de mécaniciens !"

"Notre avenir repose sur notre conscience du service ! "

Comment se porte la construction navale ?

Quand les gros vont bien, le secteur se porte bien ! Toutefois, avoir un secteur hyper atomisé avec si peu d’acteurs et des écarts de taille spectaculaires n’est pas sans conséquences : les problématiques et les besoins des acteurs sont très différents, et nous ne pouvons pas parler d’une même voix. Pour ces raisons, il n’est pas possible de faire un diagnostic commun de l’état du secteur. En revanche, nous pouvons dire qu’il s’est déjà porté plus mal qu’aujourd’hui ! La plus grande difficulté est celle d’avoir un marché très étroit : la Marine nationale est quasiment le seul client et le privé représente très peu d’opportunités dans la mesure où il préfère trouver des solutions à l’étranger, en particulier en Chine.

Quelles sont les perspectives du secteur ?

Un bateau peut être construit n’importe où dans le monde. Notre avenir passe donc par notre capacité à proposer des services, de la maintenance jusqu’à la construction. Il passe par le concept de disponibilité : « moi client, je veux que mon bateau soit disponible 250 jours par an ! et je paie un forfait dans ce but ». Dans le secteur naval, soumis à une obligation de moyens et non de résultat, c’est une révolution ! Mais c’est ce qui nous permet de nous différencier des constructeurs étrangers. Aujourd’hui, à Concarneau, nos équipes répondent présentes 7 jours sur 7. C’est la conscience du service qui fera la différence ! La construction est un métier d’ingénieur. Nous avons parfois la tentation de dire au client son propre besoin qui est désormais d’avoir des bateaux toujours disponibles. C’est ce que propose l’aéronautique depuis longtemps : vendre les avions et les heures de vol. Nous devons vendre les bateaux et les heures de mer !...

De quelles compétences professionnelles avez-vous besoin ?

Nous avons de plus en plus de mal à recruter sur le mécanique : tous les métiers de la « propulsion » (installation et maintenance) et de la production d’énergie, autrement dit des profils de mécaniciens dieselistes. Dans le maritime, il y a des compétences qui s’ignorent. Quand nous avons racheté « Ateliers normands », nous l’avons fait pour les compétences des équipes. C’est ce que je dis aux étudiants : le seul problème est celui des ressources humaines. Nous trouvons toujours des solutions industrielles. En revanche, les banquiers jugent notre capacité d’investissement et d’endettement en fonction des équipes de l’entreprise. Notre problème est de voir ces compétences partir chez les armateurs.

Un message aux jeunes qui souhaitent rejoindre le maritime ?

95% de l’océan est ailleurs qu’en France. On ne peut pas rejoindre ce métier sans avoir une perspective de carrière internationale. Par ailleurs, nous sommes le secteur le plus exposé à la mondialisation. Or regarder la mondialisation comme un risque et non comme une opportunité serait une erreur ! Le discours actuel en France donne la sensation que « tout le monde va mourir » ! Ce n’est pas le cas. Il faut avoir envie, quel que soit son corps de métier, et cette envie passe par l’international. Chez nous par exemple, on peut aller travailler au Vietnam, au Nigeria ou en Pologne.

Confiant pour l’avenir ?...

Absolument ! Je suis optimiste et réaliste. Nous travaillons dans un secteur qui peut disparaître demain sans que personne ne s’en émeuve : ça aide à se réveiller ! Je répète tous les jours à mes équipes : nous pouvons mourir, mais nous ne le voulons pas ! Il faut donc rester sans cesse éveillé et conserver un bon sens « paysan ». Ou « marin » !

Propos recueillis par Françoise Latour
Comtosea pour Clicandsea

 

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