.: Accueil >> Actualité emploi maritime >> Les quotas de pêche

EDITO CLICANDSEA OCTOBRE 2011 : LES QUOTAS DE PÊCHE



Les pêcheurs doivent-ils demander "pardon" ?

 

C’est devenu un rituel, pluriannuel ! Chaque année, à plusieurs reprises (dont une en octobre) la Commission européenne propose des quotas de pêche par espèce : les fameux « totaux admissibles de captures » (TAC) fixant les limites de captures pour les grands stocks commerciaux de poisson.

Pour 2012, elle propose donc de relever les « TAC » de 9 espèces et de les réduire pour 53 autres stocks de l'Atlantique et de la mer du Nord. Et comme chaque année, ce sera le même combat, généralement vécu par l’industrie de la pêche comme une punition. Voire comme un déni, ou un mépris, de leurs contraintes, de leur métier et de leur survie.

Est-ce vraiment le cas ?

Pour comprendre, sans doute faut-il revenir aux bases. La première est que la pêche est avant tout une activité de « cueillette », incapable de résister indéfiniment à une ponction de type industriel, faute d’avoir alors le temps de reconstituer ses stocks.

On pêchait 500 000 tonnes par an de produits de la mer dans le monde au milieu du XIXe siècle. On en pêche environ 95 millions aujourd’hui, dont 60 pour la consommation humaine. Un volume qui n’augmente pas en dépit du développement des flottilles. Raison pour laquelle on parle de « surpêche » : une pêche qui « tape dans le capital », et ne permet pas aux poissons d’atteindre l’âge de maturité nécessaire pour se reproduire. Situation conduisant, à terme, à la disparition des stocks. Voire, à celle de la vie marine dans son ensemble. Or non seulement la vie marine est vitale pour près de 3 milliards de personnes sur la planète (qui dépendent quasi exclusivement de la mer pour survivre) mais elle l’est aussi pour la vie terrestre.

Quotas de pêche édito clicandsea octobre

De la vie en mer dépend la vie sur terre, dont la nôtre. Deuxième base. Préserver les stocks de poissons n’est donc pas, à proprement parler, une « option ». Mais s’apparente plutôt à une question de survie, pour tous.

Par ailleurs, un pêcheur n’est pas un paysan. Troisième base. Alors que ce dernier achète, nourrit, fait se reproduire et entretient son cheptel, le pêcheur puise dans une ressource qui est « celle de tous » et que, jusqu’ici, il n’entretient que rarement de son plein grés. D’où des quotas de pêche « imposés ». D’où aussi la proposition récurrente de nombreux acteurs de la société civile ou politique de développer les « réserves marines » permettant aux stocks de souffler et de se reproduire, avant d’aller de nouveau alimenter les océans.

Pour nourrir les pêcheurs, et les hommes. L’aquaculture est souvent évoquée comme LA réponse à ces problèmes de ressources. Elle n’est pourtant pas la solution « miracle ». Le paradoxe du poisson d’élevage est qu’il est nourri en partie de ses congénères. Résultat : il faut 4 kg de poissons divers pour 1 kg de poisson d’élevage... Que faire ? Arrêter la pêche ? Sans doute pas.

Parmi les « vraies » solutions figure sans doute, aujourd’hui, celle d’une meilleure éducation du consommateur. Qui, sans en avoir conscience, consomme toujours les mêmes espèces (moins de dix), le plus souvent carnivores. Chez le poissonnier, chacun devrait avoir deux notions à l’esprit : la saisonnalité et la diversité du marché. Acheter du maquereau en décembre devrait nous paraître aussi incongru que de manger des cerises en plein hiver !

En France, les consommateurs ont une cinquantaine d’espèces à leur disposition qu’il faudrait apprendre à connaître et à cuisiner. Les grands « chefs » s’y mettent. Reste à la grande distribution (qui réalise 70% des ventes de poissons) de suivre le mouvement. Or, à l’heure actuelle, les promotions sont définies avant même que les poissons soient pêchés !...

Pour favoriser un changement, à chacun de demander si le poisson qu’il achète est « de saison », de vérifier sa taille et de consulter, par exemple, les fiches du Réseau Océan Mondial sur les stocks de poissons. Pêcher n’est pas un « pêcher ». Certes pas. Mais pêcher et consommer inconsciemment et aveuglément, pourraient bientôt le devenir... Réagissez sur facebook

Françoise LATOUR/COMTOSEA pour Clicandsea
Edito septembre 2011

 

ACTUALITE EMPLOI MARITIME

,

A la une